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Articles

Etre un homme, être un père

Souvenirs d'un château de sable - le plus grand jamais vu au monde - construit avec le père. Nous avons peu joué ensemble, il était très occupé. Le quotidien au foyer était rempli avec la mère. Lui rentrait souvent tard, pour le diner. Le week-end, assez distrait et dans la lune. Ce n'est que plus tard en s'interrogeant sur les valeurs que nos parents nous avaient légués que j'ai réalisé que son comportement participerait de nos références pour le futur. L'idée de la parentalité n'est pas exempte de doutes, d'interrogations. Il me semble qu'en général les hommes ne pensent pas à la paternité et sont plutôt poussés par leurs compagnes à accepter un état possible. Mais parfois, avec le temps, les doutes surgissent et les visites aux spécialistes amènent à se poser rapidement la question du vouloir et du devenir. Ici, il y avait ce désir d'un enfant - un désir sans doute personnel, dans lequel on se projette-. Mais faut-il être un père pour être un homm...

le français pour les japonais

Un jour, le livre "nihonjin no tame no furansugo" me tombe des mains (références ICI ). Le titre? Tout un programme :" le français pour les japonais". Sans en comprendre toute la substantifique moelle de l'introduction, il me semble que l'ouvrage part du présupposé de la spécificité japonaise irréductible, laquelle nécessite impérieusement une méthode adaptée (celle-ci) pour enseigner le français. Y. apprécie ce livre qui rejoint son opinion et lui permet de surmonter ses difficultés en leur trouvant une cause. Difficile de rester indifférent à ce type de discours : d'une part s'il existe une barrière, même psychologique, à l'apprentissage des langues, la prendre en compte permet de la contourner en offrant des stratégies... Mais en même temps elle conforte et renforce ces présupposés. Il existe sans doute un rapport complexe -intéressant à étudier - des japonais à la langue et l'étranger. Mais ce qui me surprend toujours est la fierté de...

Sans être comptabilisée

Charlie Rouse - Merci bon Dieu - passé en boucle. Merci de quoi? Je me le demande parfois. D'être en vie. Et puis d'avoir un toit, et de quoi se nourrir. Un pas vers la résilience. Il y aurait certainement une foi personnelle, réduite à l'essentiel à développer autour de ce point. Mais que les athés et agnostiques me pardonnent, il s'agirait avant tout d'un rapport personnel de gratitude envers l'adversité avant d'être une relation avec l'Immatériel. Et surtout ne pas chercher le contexte de ce morceau. Rester dans les impressions. Lundi 31 mai au matin 9h00 - "J'ai de mauvaises nouvelles pour vous, les embryons n'ont pas tenu. Ils ne pourront pas être transférés." Avec peut-être une certaine gêne du personnel médical qui souhaite éviter un débordement (que peuvent faire les gens dans la détresse) et la question de savoir pourquoi nous n'avons pas été appelés au téléphone pour cela avant. Ce matin là, dans le transport, nous nous p...

Les frontières II

Dans le débat sur l'identité national, l'accueil des étrangers et l'intégration sont des aspects totalement occultés. Ainsi que le note fort justement Madjid (suppaiku) : " On demande finalement beaucoup aux étrangers, sans jamais s’interroger sur ce qu’il pourraient apporter s’ils avaient un réel horizon devant eux. C’est quoi, « s’intégrer », quand on doit tout recommencer régulièrement…" En principe la procédure de demande de carte de séjour se passe ainsi: - la prise de rendez-vous avec un agent de la préfecture; - la réunion de toutes les pièces nécessaires pour le dossier; - le dépôt du dossier avec l'agent (il vérifie que les pièces demandées sont présentes et fait remplir un formulaire et le fait signer) et la délivrance d'un récépissé; - le retrait de la carte de séjour (à la suite de la réception d'un courrier annonçant sa présence à la préfecture). Au titre des documents demandés pour le dossier: - passeport, carte de séjour en cours du con...

Les frontières I

" le conjoint français a vraiment l’impression de perdre ... une demi-journée, et ce n’est pas une impression, mais depuis le jour de ses noces on lui fait comprendre qu’il est suspect du fait d’avoir épousé un étranger ; je parle d’expérience" Maître Eolas [1] Dans le cadre du discours sur l'identité nationale dont un de ces membres s'est emparé avec une visée électoraliste, on oublie que la recherche introspective de son identité ne mène pas à une fierté mais à l'acceptation de soi dans ce que l'on a d'entier: ses défauts et ses qualités. Et la fierté? Elle est en berne lorsque l'on a à faire avec les services des étrangers d'une préfecture dans lesquels les non-français ne sont décidément pas toujours des usagers comme les autres. Ainsi depuis quelques temps, il y a une boule au fond de ma gorge qui ne disparaît pas, une forme de révolte, de sentiment d'injustice organisée, institutionnalisée. Il aurait été difficile de trouver de mots aus...

la résilience face à l'incompréhension

(...) l’utilisation de la langue et les écarts avec ce qui est “correct” devenant insupportable (...) [1] Ce passage se retournait dans ma ma tête depuis un bon moment. Revenir sur cette lecture après une période de deux ans me bousculait, le rapport avec la langue ne me semblant pas totalement pacifié dans un couple mixte. La situation idéale où les deux conjoints partagent une relation appaisée sur la base d'une connaissance courante des mots de l'autre m'apparaît comme faussée : la compréhension totale d'une langue non maternelle n'existe pas et le niveau acquis n'est pas identique entre les deux personnes. Il serait salutaire d'abandonner l'idée de la naissance d'une compréhension intuitive formée par l'expérience et l'amour du couple, et de ne plus lier cette compréhension du couple à celle du langage - la méconnaissance en constituant un frein-. De fait, les rapports de langue sont des rapports de force, des rapports de tension qui ne...

Un léger sentiment de précarité

Une photo à 5 ans : la plus ancienne dont je dispose. Légèrement déchirée et scotchée, décolorée par endroits. Petite bouille souriante. Le visage sera plus grave dans les suivantes : les enfants ont leurs propres tracas. Lorsque mon enfance ressurgit, c'est le sentiment d'être à l'abri du besoin, ou d'absence de l'incertitude matérielle qui revient en premier : nous n'avions ni de grand moyens ni de très grandes difficultés par rapport à d'autres, même pendant l'épisode du chômage paternel. Désormais ce léger sentiment de précarité ne me quitte jamais. Il m'habite. Si l'on se place du point de vue économique, un couple franco-japonais marié (une nécessité pour le visa) devra faire face à des dépenses que les autres n'auront pas à engager : Auparavant, le conjoint de français pouvait venir en France dans le cadre d'une autorisation de séjour de moins de trois mois (à l'instar d'un touriste) pour se marier et effectuer les déma...